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Collected Poetry/Oeuvre Poetique
Léopold Sédar Senghor
(First published 1964. English translation 1991)
To read the original French version of these two poems, click here.
Man and Beast
(for three tabalas or war drums)
I name you Evening, O ambiguous Evening, you fluttering leaf.
This is the hour of our most primal fears, raised from ancestral bowels.
Get back stupid faces of shadows, blowing evil from your snout!
Get back in the name of palm and water,
In the name of the Teller-of-deepest-secrets!
But the Beast is formless in the fertile mud nourishing
Tsetse flies and gnats, toads and snakes,
Poisonous spiders and spiked lizards.
What sudden clash without sparks of flint! What shock
And not a glimmer of passion.
The huge Man's feet skate upon the slime, where his strength
Sinks knee-deep, bound by leaves of poisonous plants.
His thoughts float into the mist.
Silent battle with no sparks of flint, to the rhythm
Of the stretched drum of his breast and the lone rhythm
Of the tom-tom beaten by the sinister Grand-Rayée drum.
Sorcerer who will announced the victor!
Claws streak his back with lightning and from raging clouds
The whirlwind skims his loins and smooths the grass at his sex
The mahogany trees shudder down to their painful roots,
But the Man plunges his lightning spear into the late moonglowing
Entrails. The golden brow harnesses the clouds
Where icy eagles soar, and thoughts circle his brow
His cardinal eye is the serpent's head.
The struggle in the darkness goes on too long!
Three ages of one thousandfold night.
The strength of the Man, his feet heavy in the fertile swamp.
The strength of the Man, the reeds hampering his effort.
His warmth the warm primeval entrails,
The strength of the Man's inebriation is the hot wine of the Beast's
Blood and the froth bubbling in his heart
Ha! more millet beer for the Initiate!
A long comet cry streaks across the night, a great noise
Sounds from a judicious voice. And the Man floors the Beast,
Talking in tongues of the danced song.
He floors him with a great burst of laughter in a gleaming
Dance danced under the rainbow of seven vowels.
Hail to the Rising Sun Lion whose look can kill
Hail to the Tamer of the bush, You, Mbarodi!
Lord over mindless forces.
And the lake blooms with water lilies, dawn of divine laughter.
As I Was Walking By
As I was wlaking by Fontaine Street,
I heard a jazz song stagger about,
Dazzled by the day,
And it whispered its secrets to me
Discreetly.
And just as I walked in front of
The Cuban Cabana
The penetrating scent of a black woman
Became its accompaniment.
Here come the nights,
Here come the days without sleep.
Horizons I thought had gone
Have reawakened in me.
And suddenly I bound from my bed
Like a buffalo with its muzzle raised high,
Legs spread, like a buffalo
Sniffing the wind
And the modulated sweetness of the polished flute,
The good smell of water under the dakar trees
and the aroma, richer in promise,
Of ripe harvests from the rice fields.
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L'Homme et la Bête
(pour trois tabalas our tam-tams de guerre)
Je te nomme Soir ô Soir ambigu, feuille mobile je te nomme.
Et c'est l'heur des peurs primaires, surgies des entrailles d'ancêtres.
Arrière inanes faces de ténèbre à souffle e mufle maléfiques!
Arrière par la palme et l'eau, par le Diseur-des-choses-très-cachées!
Mais informe la Bête dans la boue féconde que nourrit tsétsés stégomyas
Crapauds et trigonocéphales, araignées à poison caïmans à poignards.
Quel choc soudain sans éclat de silex! Quel choc et pas une étincelle de passion.
Les pieds de l'Homme lourd patinent dans la ruse, où s'enfonce sa force jusques à mi-jambes.
Les feuilles les lient des plantes mauvaises. Plane sa pensée dans la brume.
Sillence de combat sans éclats de silex, au rythme du tam-tam tendu de sa poitrine
Au seul rythme du tam-tam que syncope la Grande-Rayée à sénestre.
Sorcier qui dira la victoire!
Des griffes paraphent d'éclairs son dos de nuages houleux
La tornade rase ses reins et couche les graminées de son sexe
Les kaïcédrats sont émus dans leurs racines douloureuses
Mais l'Homme enfonce son épieu de foudre dans les entrailles de lune dorées très tard.
Le front d'or dompte les nuages, où tournoient des aigles glacés,
O pensée qui lui ceint le front! La tête du serpent est son oeil cardinal.
La lutte est longue trop! dans l'ombre,longue des trois époques, de nuit millésime.
Force de l'Homme lourd les pieds dans le potopoto fécond
Force de l'Homme les roscaux queiembarrassent son effort.
Sa chaleur la chaleur des entrailles primaires, force de l'Homme dans l'ivresse
Le vin chaud du sang de la BIete, et la mousse pétille dans son coeur
Hê! vive la bière de mil à l'Initié.
Un long cri de comète traverse la nuit, une large clameur tythmée d'une voix juste.
Et l'Homme terrasse la Bête de la glossolalie du chant dansé.
Il la terrasse dans un vaste éclat de rire, dans une danse rutilant dansée
Sous l'arc-en-ciel des sept voyelles. Salut Soleil-levant Lion au-regard-qui-tue
Donc salut Dompteur de la brousse, Toi Mbarodi! seigneur des forces imbéciles.
Le lac fleurit de nénuphars, aurore du rire divin.
Comme Je Passais
Comme je passais rue Fontaine,
Un plaintif air de jazz
Est sorti en titubant,
Ébloui par le jour,
Et m'a chuchoté sa confidence
Discrètement
Comme je passais tout devant
La Cabane cubaine
Un parfum pénétrant de Négresse
L'accompagnait.
Voilà des nuit,
Voilà bien des jour au sommeil absent.
Réveillés en moi les horizons que je croyais défunts.
Et je saute de mon lit tout à coup, comme un buffle
Mufle haut levé, jambes écartées,
Comme un buffle humant, dans le vent
Et la douceur modulée de la flûte polie,
La bonne odeur de l'eau sous les dakhars
Et celle, plus riche de promesses, des moissons mûres
Par les rizières. |